Communication & relations professionnelles

Gestion des conflits : les 3 réactions automatiques face aux tensions professionnelles

Trois collègues en discussion tendue autour d'une table de réunion, illustrant les dynamiques de conflit professionnel.

« Je ne comprends pas ce qui s'est passé. D'habitude, je ne réagis jamais comme ça. »

Cette phrase revient régulièrement dans les formations consacrées à la gestion des conflits.

Elle est parfois prononcée par une personne qui a fini par exploser après plusieurs semaines de frustration. Parfois par un manager qui regrette une réaction trop vive. Parfois encore par un collaborateur qui s'étonne d'avoir accepté une situation qui ne lui convenait pas du tout.

Ce qui est intéressant dans ces moments-là, c'est que les personnes ont souvent le sentiment d'avoir choisi leur réaction.

Pourtant, lorsqu'on analyse la situation plus en détail, on découvre fréquemment autre chose.

Nous n'avons pas toujours réagi.

Nous avons parfois simplement reproduit un automatisme.

Face au conflit, notre cerveau cherche avant tout à nous protéger. Il tente de préserver la relation, d'éviter une souffrance ou de maintenir une forme de sécurité psychologique. Cette réaction est normale. Elle est profondément humaine.

Le problème n'est donc pas d'avoir des réflexes.

Le problème apparaît lorsque ces réflexes deviennent notre seule manière de répondre aux situations difficiles.

Au fil des années, dans les accompagnements, les formations en communication ou les groupes de managers que j'anime, j'observe régulièrement trois grandes tendances.

Elles prennent des formes différentes selon les personnes.

Mais elles poursuivent souvent le même objectif : réduire l'inconfort.

Ceux qui espèrent que le conflit va disparaître tout seul

Je me souviens d'une responsable d'équipe qui venait me parler d'une situation devenue particulièrement tendue avec l'un de ses collaborateurs.

Depuis plusieurs mois, certains comportements l'agaçaient.

Les engagements n'étaient pas toujours tenus.

Des remarques désobligeantes apparaissaient de temps en temps dans les réunions.

L'ambiance se dégradait progressivement.

Lorsque je lui ai demandé ce qu'elle avait déjà exprimé à la personne concernée, elle est restée silencieuse quelques secondes avant de répondre :

« Pas grand-chose finalement. J'espérais que cela finirait par se régler. »

Cette réponse est extrêmement fréquente.

L'évitement est probablement l'une des réactions les plus répandues face au conflit.

Contrairement à ce que l'on croit parfois, il ne traduit pas un manque de courage.

Il est souvent motivé par une intention positive.

Nous ne voulons pas blesser.

Nous souhaitons préserver la relation.

Nous cherchons à éviter une escalade.

Nous espérons que le temps fera son travail.

Sur le moment, cette stratégie produit souvent un soulagement.

La discussion est reportée.

La tension semble s'apaiser.

L'inconfort diminue.

Mais cet apaisement est généralement temporaire.

Car ce qui n'est pas exprimé continue souvent à produire des effets.

Les interprétations se multiplient.

Les frustrations s'accumulent.

Le ressentiment s'installe discrètement.

Et lorsque le sujet finit par émerger, il est devenu beaucoup plus lourd qu'il ne l'était au départ.

Ce que j'observe régulièrement, c'est que l'évitement protège la relation à court terme mais la fragilise progressivement à long terme.

Sortir de cette posture ne consiste pas à devenir plus dur ou plus autoritaire.

Il s'agit plutôt d'accepter qu'une relation solide est capable de traverser certaines conversations inconfortables.

Dire les choses avec clarté n'est pas forcément une menace pour la relation.

C'est souvent une manière de la préserver.

Ceux qui réagissent immédiatement

À l'autre extrémité du spectre se trouvent les personnes qui ont besoin de réagir rapidement.

Lorsqu'une difficulté apparaît, elles souhaitent l'aborder immédiatement.

Les choses sont dites.

Les désaccords sont exprimés.

Les positions sont affirmées.

À première vue, cette posture semble plus efficace.

Après tout, mieux vaut parler que se taire.

Pourtant, les choses sont rarement aussi simples.

Lors d'une formation consacrée à la communication managériale, un participant expliquait qu'il préférait « mettre les pieds dans le plat » dès qu'un problème apparaissait.

Selon lui, cette approche évitait les non-dits.

Quelques minutes plus tard, plusieurs personnes de son groupe ont décrit une réalité différente.

Elles percevaient son style comme agressif.

Elles avaient parfois l'impression de devoir se défendre avant même de pouvoir réfléchir.

Cette situation illustre une difficulté fréquente.

Lorsqu'une réaction est trop rapide, elle laisse peu de place à l'élaboration.

L'objectif devient alors de défendre son point de vue plutôt que de comprendre ce qui se joue réellement.

Le conflit se transforme en affrontement.

Les positions se rigidifient.

L'écoute diminue.

Chacun cherche à convaincre l'autre.

Or il existe une différence importante entre exprimer un désaccord et entrer dans une logique de confrontation.

L'enjeu n'est pas de freiner l'expression.

Il est de lui permettre de rester utile.

Cela suppose parfois de ralentir.

De revenir aux faits.

D'explorer les besoins en présence.

De distinguer ce que nous savons réellement de ce que nous supposons.

Autrement dit, de créer les conditions d'un échange plutôt que d'une bataille.

Ceux qui s'adaptent jusqu'à s'oublier

La troisième réaction est souvent plus discrète.

Elle passe parfois inaperçue pendant longtemps.

Certaines personnes cherchent avant tout à préserver l'harmonie relationnelle.

Elles évitent de contredire.

Elles cèdent plus facilement.

Elles renoncent à exprimer certains désaccords.

Elles s'adaptent.

De l'extérieur, cette posture paraît parfois très confortable.

Le conflit semble absent.

Les tensions sont limitées.

Les échanges restent cordiaux.

Mais lorsque l'on prend le temps d'écouter ces personnes, un autre discours apparaît souvent.

Elles parlent de fatigue.

De frustration.

D'injustice.

Parfois même d'un sentiment d'effacement progressif.

Je me souviens d'une participante qui expliquait avec beaucoup de lucidité :

« Sur le moment, je préfère céder. Mais ensuite je passe plusieurs jours à ruminer ce que je n'ai pas dit. »

Cette phrase résume bien le mécanisme.

Le conflit semble évité.

Mais son coût est simplement déplacé.

Au lieu d'apparaître dans la relation, il s'installe à l'intérieur de la personne.

Avec le temps, cela peut conduire à une forme de désengagement ou à des explosions inattendues qui surprennent tout le monde.

Sortir de cette posture ne consiste pas à devenir plus combatif.

Il s'agit plutôt de retrouver sa place dans la relation.

Pouvoir exprimer ce qui est important pour soi sans avoir à choisir entre le silence et l'opposition.

L'assertivité repose précisément sur cet équilibre.

Ce que ces réactions ont en commun

À première vue, ces trois réactions semblent très différentes.

L'une évite.

L'autre affronte.

La troisième s'adapte.

Pourtant, elles poursuivent souvent le même objectif.

Elles cherchent à nous protéger.

Protéger notre image.

Préserver la relation.

Réduire l'inconfort.

Éviter une souffrance.

Ce constat change souvent le regard que nous portons sur nous-mêmes.

Car ces réactions ne sont pas des défauts.

Elles sont généralement le résultat d'apprentissages anciens, de mécanismes construits au fil des expériences et de stratégies qui ont parfois été utiles à un moment de notre vie.

La difficulté apparaît lorsqu'elles deviennent automatiques.

Car à partir du moment où une réaction est automatique, elle cesse d'être un choix.

Retrouver un espace de liberté

L'une des idées les plus précieuses que je partage en formation est sans doute celle-ci :

Le véritable levier ne se situe pas dans la réaction.

Il se situe dans l'espace qui précède la réaction.

Cet espace est parfois très court.

Quelques secondes seulement.

Mais il change beaucoup de choses.

C'est le moment où nous pouvons nous demander ce qui est réellement en train de se passer.

Ce qui nous touche.

Ce que nous cherchons à protéger.

Ce que nous voulons obtenir.

Ce que nous souhaitons préserver dans la relation.

Plus cet espace s'élargit, plus nos possibilités de réponse se diversifient.

Nous cessons progressivement de subir nos automatismes.

Nous retrouvons une capacité de choix.

Et c'est souvent à cet endroit que les conflits constructifs commencent à émerger.

Non pas parce qu'ils disparaissent.

Mais parce qu'ils cessent d'être pilotés uniquement par nos réflexes.

À retenir

Il n'existe pas de réaction parfaite face au conflit.

Nous avons tous nos préférences, nos réflexes et nos zones de confort.

Certaines personnes évitent.

D'autres confrontent.

D'autres encore s'adaptent jusqu'à s'effacer.

L'enjeu n'est pas de supprimer ces tendances.

Il consiste plutôt à les reconnaître lorsqu'elles apparaissent.

Car la qualité de nos relations dépend moins de nos automatismes que de notre capacité à prendre conscience de leur présence.

Ce que j'observe dans les accompagnements, c'est que les progrès les plus durables ne viennent pas de techniques complexes ou de formules toutes faites.

Ils apparaissent lorsque les personnes commencent à introduire davantage de choix là où, auparavant, il n'y avait qu'une réaction automatique.

Et peut-être que la véritable compétence relationnelle commence précisément là : dans notre capacité à choisir notre réponse plutôt que de simplement reproduire nos réflexes.

Elise Debord — Consultante, formatrice & coach.

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